Au sommet d'une colline boisée dominant le village de Lournand, dans le sud de la Bourgogne, se dressent les ruines du château de Lourdon. Lors de sa construction au XIIIe siècle, l'édifice figurait parmi les sites fortifiés les plus puissants de Bourgogne, et son histoire est indissociable de celle de l'abbaye de Cluny.
À l'époque où le roi autorisa la destruction par explosifs des remparts du château en 1632,
le site comprenait l'un des plus beaux jeux de paume de France, une immense écurie et un parc à gibier clos, flanqué de douze tours.
La première mention du site remonte à 888, dans un document carolingien attestant d'une vente « in castrum publice ». En 910, Lourdon fut inclus dans la donation initiale faite au moine Bernon pour la fondation de l'abbaye de Cluny ; dès lors, son destin fut lié à celui de l'abbaye. En période de danger, le site servait également de refuge aux biens les plus précieux de l'abbaye, notamment sa bibliothèque. Il constituait en outre une source majeure de céréales et de vin pour l'abbaye de Cluny.
Au fil des siècles, le château fut maintes fois pris et pillé. À chaque reprise, les moines le reconstruisaient. Ce fut notamment le cas lorsque l'abbé Claude de Guise (1555-1612) entreprit une restauration d'envergure, faisant bâtir le jeu de paume (orné de ses armoiries et daté de 1586), des écuries et un parc de 12 hectares ceinturé de douze tours.
Après la mort de Claude de Guise en 1612, l'évêque de Mâcon écrivit au roi pour soutenir que le château représentait un danger trop important pour subsister. L'autorisation royale de démolition fut accordée en 1614, et le cardinal de Richelieu, alors abbé de Cluny, réclama une indemnité de 60 000 livres (soit 2,75 millions d’euros en valeur actuelle). En 1632, le château fut détruit par des mines, bien que la grande salle, le jeu de paume et les écuries aient été épargnés. Les structures restantes servirent de bâtiments agricoles jusqu'à la Révolution, époque à laquelle le site fut vendu comme bien national en 1791 ; les terres sont depuis lors restées dans la même famille.
Aucun plan ni dessin du château antérieur à sa destruction n'a été retrouvé. Les connaissances actuelles proviennent du Centre de Castellologie de Bourgogne (CeCaB), dirigé par l'archéologue Hervé Mouillebouche, de l'université de Bourgogne-Franche-Comté. Leurs relevés révèlent une forteresse intérieure de 100 mètres sur 70, située au sein d'une enceinte englobant un parc de 20 hectares défendu par douze tours. Trois tours d'angle, d'un diamètre de 10 mètres chacune, côtoyaient un donjon de type philippien de 18 mètres de diamètre, doté de murs épais de 4 mètres. Le puits du château fut comblé lors de la démolition de 1632.
Depuis 2013, l'association Castrum Lordo œuvre à la protection et à la sauvegarde du site, ainsi qu'à le rendre plus accessible aux visiteurs lors des Journées du Patrimoine, chaque mois de septembre, ou pour de petits groupes sur rendez-vous. Tout au long de l'année, jusqu'à 25 bénévoles travaillent sur le site chaque jeudi.